Pour de nombreuses organisations, la responsabilité sociétale et environnementale a d’abord représenté une série de contraintes juridiques à intégrer dans les contrats. Chez SUEZ Environnement, le regroupement des filiales historiques du secteur de l’eau (Lyonnaise des Eaux, Ondeo, Degrémont) a servi de catalyseur pour dépasser cette approche défensive. En coordonnant leurs pratiques, la direction des achats a fait le choix d’ériger le développement durable en critère de performance à part entière, directement articulé avec la maîtrise des coûts.
Refondre le ratio de performance par le coût global
Le point de départ d’une politique achats durable efficiente réside dans la révision des grilles d’évaluation. La performance d’une prestation ou d’un équipement ne se mesure plus seulement à sa conformité technique immédiate ou à sa fiabilité opérationnelle : elle intègre désormais l’empreinte environnementale et la sécurité des intervenants.
Parallèlement, la notion de prix d’achat s’efface au profit du coût global de possession (TCO). Ce calcul intègre l’ensemble du cycle de vie de l’actif :
- Les dépenses d’acquisition et les frais logistiques amont ;
- Les coûts d’exploitation, de consommation énergétique et de maintenance ;
- Les charges liées au démantèlement, à la valorisation matière et au traitement en fin de vie.
En cartographiant l’ensemble de ses familles d’achats sous cet angle, l’organisation a pu identifier les segments prioritaires sur lesquels la valeur ajoutée écologique coïncidait avec un gain financier mesurable.
Co-innovation et économie circulaire avec les fournisseurs
La concrétisation de cette stratégie repose sur une collaboration étroite avec les partenaires industriels, à l’image des initiatives observées chez d’autres acteurs du secteur comme Initial autour de la traçabilité durable. Dans le domaine du comptage d’eau, des accords de partenariat à moyen terme ont permis de repenser entièrement la conception des équipements. Le remplacement traditionnel du laiton par des matériaux composites allégés a permis de réduire l’impact carbone tout en diminuant les frais de transport et de transformation sur l’ensemble de la chaîne logistique.
Sur le volet des intrants chimiques pour le traitement des eaux, la démarche s’est traduite par une logique d’écologie industrielle. Plutôt que de recourir systématiquement au chlorure ferrique vierge, les équipes achats et techniques ont qualifié l’utilisation de résidus alumineux issus d’industries partenaires, réinjectés comme coagulants en station d’épuration. Cette boucle d’approvisionnement locale sécurise les volumes tout en réduisant l’empreinte environnementale globale.
Optimisation de la flotte et déploiement opérationnel
Le verdissement de la mobilité constitue un autre volet concret de ce plan d’action. L’atteinte d’objectifs ambitieux de réduction des émissions de CO2 s’est articulée autour de trois axes complémentaires :
- L’expérimentation et l’intégration progressive de motorisations alternatives adaptées aux usages de terrain ;
- La sensibilisation des conducteurs par des modules d’éco-conduite axés sur la souplesse et la sécurité ;
- L’optimisation des tournées grâce à des solutions télématiques et de géolocalisation.
Comme le constatent de nombreuses directions métiers, l’utilisation de plateformes modernes et le recours à des outils e-achats adaptés facilitent le suivi de ces indicateurs extra-financiers sans alourdir la charge administrative des équipes. En définitive, cette mutation ne requiert pas nécessairement de gonfler les effectifs : elle transforme simplement le métier d’acheteur en faisant du développement durable un levier d’opportunités économiques et d’innovation technologique.
